Tribune libre : La jeunesse doit être écoutée

23 octobre 2026 | Toutes les actualités, Formations

À la suite des événements survenus les 9 et 12 octobre à Bruxelles et à Liège les jours précédents, la Fédération de Centres d’Information et de Documentation pour Jeunes (CIDJ) et plusieurs organisations du secteur socio-culturel et de la jeunesse signent une tribune libre pour rappeler le droit des jeunes à manifester. Iels doivent être écouté·es et entendu·es dans leurs revendications. D’autre part, nous demandons un examen sérieux, indépendant et transparent des violences policières rapportées, notamment envers les mineur·es.

Ce qui a eu lieu ces derniers jours dépasse l’entendement : comment un gouvernement peut-il mettre autant à mal sa propre jeunesse, l’avenir de son pays ? Des enseignant·es, des élèves, des jeunes, des familles et des acteur·rices associatif·ives se sont mobilisé·es pour exprimer leurs doutes et leur colère vis-à-vis des réformes qui fragilisent encore plus l’enseignement. Comme le rappelle le Défenseur des droits de l’enfant, Solayman Laqdim : « Cette mobilisation relève d’un cadre démocratique fondamental : le droit de manifester, d’exprimer une opinion, de faire entendre une colère sociale, et le droit des jeunes à participer aux décisions qui les concernent. »1

Des mineur·es disent avoir subi des violences physiques et verbales de la part de celles·ceux qui sont censé·es les protéger. Même les pires délinquant·es ne méritent pas d’être traité·es comme les jeunes l’ont été. Les images diffusées parlent d’elles-mêmes : autopompes, gaz lacrymogènes, mineur·es poussé·es au sol, frappé·es et interpellé·es dans des conditions qui dépassent largement le cadre légal.

La police aurait même réquisitionné des sérums physiologiques et des protections en amont des manifestations sans aucune base légale, bafouant ainsi deux articles de la Convention européenne des droits de l’Homme : l’article 3 qui protège l’intégrité physique et l’article 11 qui est censé protéger le droit de manifester pacifiquement.2 3

Des professionnel·les de l’école, des journalistes et même des député·es rapportent avoir iels-mêmes subi des violences de la part des forces de l’ordre. Dans une interview menée par BX1, une enseignante témoigne de violences lors d’une nasse dont elle a été victime aux côtes de plusieurs jeunes, sur le Boulevard de l’Empereur à Bruxelles : « C’est tirer, mettre par terre, arracher le masque s’il y en a un. Tabasser, si la personne qui est par terre ne répond pas positivement à la sommation. Violence verbale, énormément de violence verbale, énormément de violence raciste aussi ». Cette interpelation dégradante et traumatisante est rapportée comme sortant totalement du cadre légal. Les policiers n’étaient pas identifiables, ne leur ont pas expliqué les raisons de leur arrestation, ni ce qu’il allait advenir d’elles-eux.4

À Liège, des élèves témoignent également de violences, comme cette jeune fille dont les propos ont été recueillis par Lou pour Jecriecestlamusique sur Instagram : « Il y avait des policiers partout à cause de la manifestation… A un moment, j’ai vu une vieille dame par terre, j’ai voulu l’aider et, en passant, j’ai bousculé un policier en civil. C’est à ce moment-là que j’ai compris à son regard que c’était un policier… Trop tard pour moi, il m’a mis un coup de poing au visage, assez fort pour me faire tomber par terre… Je ne m’y attendais absolument pas, surtout que je voulais juste aider une dame à terre. Ça ne doit pas arriver ce genre de situation, où va le monde ? On en a marre, nous les jeunes, les professeurs, les parents et j’en passe. »5

Il s’agit d’un usage disproportionné de la force par la police, sortant de son champ d’action et constituant des actes illégaux. Tous ces faits doivent être analysés avec indépendance et transparence. Même lorsque le maintien de l’ordre est tendu — qu’une manifestation prend de l’ampleur —, l’usage de la force par la police envers les mineur·es doit être strictement proportionné et nécessaire. Au vu des images et des témoignages, il n’y avait rien de proportionné dans la gestion du maintien de l’ordre en marge des manifestations du vendredi 9 et lundi 12 octobre. Voir la jeunesse nassée et violentée à tort ou à raison est tout simplement honteux.

Il n’y a rien d’honorable et de démocratique dans le fait de faire taire ce mouvement par l’usage de la violence. D’autant plus lorsque cette même violence est utilisée ensuite pour justifier l’absence de débat et de concertation. À partir du moment où l’on refuse systématiquement de l’écouter, on ne peut pas se plaindre de voir la jeunesse descendre dans la rue. En outre, le fait d’imputer ces mouvements à telle ou telle entité politique revient à promouvoir des discours biaisés et trompeurs, car la jeunesse n’a besoin ni des syndicats ni des partis politiques pour se lever contre les injustices.

La police doit faire preuve d’exemplarité, même confrontée à des situations complexes, elle doit posséder les bons outils pour y répondre. Nous ne voulons pas dévaloriser le travail de la police et ses difficultés, nous souhaitons simplement rappeler qu’une démocratie saine se doit de protéger les citoyen·nes et leurs droits et non de brutaliser pour empêcher qu’ils s’expriment.

Le traitement médiatique et politique de ce mouvement raconte trop souvent la même histoire, celle des violences commises sans analyser les violences subies. Nous ne sommes pas ici pour disculper les jeunes concerné·es de la responsabilité des actes de dégradation matérielle qui ont été commis. Mais ce récit partiel et partial nourrit un cercle sans fin, car si la violence ne doit être encouragée et soutenue par personne, c’est uniquement en agissant sur ses causes profondes et structurelles que l’on peut espérer l’enrayer.

La jeunesse a le droit d’aller dans la rue revendiquer ses droits, c’est aussi ça l’apprentissage de la démocratie et de la citoyenneté active. Ne doit-on pas justement former notre jeunesse à être des citoyen·nes responsables, actif·ves, critiques et solidaires ? Le gouvernement se doit de garantir un avenir à ses jeunes.

Les enfants et adolescent·es nous ont prouvé ces dernières semaines qu’iels étaient capables de prendre la mesure de leurs droits, de se lever pour faire entendre leurs voix. Alors écoutez cette jeunesse qui souhaite simplement se faire comprendre et veut participer activement aux décisions qui la concernent.

1 CARTE BLANCHE : Les mineurs ont le droit d’exprimer leurs opinions dans l’espace public | DGDE

2 Confiscation du sérum physiologique à la gare Centrale et fouilles systématiques : une préoccupation sanitaire et juridique

3 Fouilles, gaz lacrymogènes et charges : les Jeunes FGTB dénoncent les violences policières lors de la manifestation du 9 octobre

4 « Je ne veux pas qu’on me plaigne, je veux qu’on sache »: les témoignages de violences policières se multiplient – BX1

5 Premier témoignage de Clara au sujet des violences policières, à Liège


Signataires : Service Droit des Jeunes de Bruxelles, Défenseur des droits de l’enfant, CIDJ Marolles, CIDJ Liège, OXYJeunes asbl, Arc-en-Ciel asbl, Les Bons Jours, Sésame AMO, Basenvol asbl, Altrove-média, Fédération des Institutions de Prévention Educative (F.I.P.E), Matthieu Goeury Directeur des Halles de Schaerbeek, Service Droit des Jeunes de Namur, CAMELiA (Collective d’Avocates Militant pour l’Egalité, les Libertés, l’inclusivité et l’Accès aux droits), Samarcande AMO, SAse Autrement Dit asbl, Fédération de Centres d’Information et de Documentation pour Jeunes (CIDJ), Fédération Internationale de la Diaspora Afar (FIDA), Info’J du Centre Indigo asbl, AJILE asbl, CFS asbl, Université populaire de Bruxelles asbl, Latitude Jeunes asbl, ProJeuneS asbl, Le Senghor, Sofélia, Centre Ener’J, Le Maître Mot asbl, La Cité des Métiers, La Ligue des Familles, Laeken AMO – Le Toucan, Le Forum des Jeunes, AMOS AMO, Le PIVOT asbl, Les Jeunes FGTB, La Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant (CODE).

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