La Fédération CIDJ s’associe à Modus Vivendi, Femmes de Droit, 2bouts et SoHab pour co-signer cette carte blanche en réaction aux coupes budgétaires annoncées dans le cadre du Plan global de sécurité et prévention (PGSP). L’abandon de 14 projets sur 39 représente bien plus qu’une ligne comptable : c’est un choix politique sur la manière de concevoir la sécurité, la prévention et l’avenir de notre jeunesse.
Le gouvernement a annoncé une « économie » de 725 000 euros qui va coûter cher à la jeunesse. Réduire les moyens consacrés à l’information, à l’accompagnement, à la prévention et à la réduction des risques ne peut aider à construire le futur de la jeunesse d’aujourd’hui.
Apprendre par voie de presse l’abandon de 14 projets sur 39 dans le cadre du Plan global de sécurité et prévention (PGSP), témoigne d’un profond mépris pour le dialogue et la concertation avec le secteur associatif, ainsi que pour l’action collective menée au quotidien par les associations.
Les réponses aux problèmes de sécurité, de violences, de sans-abrisme, de consommation et d’assuétude ne peuvent être simplement répressives. Il est primordial de prévenir ces ruptures, de créer du lien et d’agir sur les causes ; c’est justement le rôle du plan PGSP : co-construire avec les jeunes en amont dans les écoles, les quartiers, les associations.
Ces coupes budgétaires annoncées créent, quant à elles, une rupture entre le gouvernement et les citoyen·ne·s. Les associations de terrain comme Dune, Diogène, le CIDJ, Femmes de droits ou Médimigrant interviennent au quotidien auprès de personnes confrontées à des situations de précarité, d’isolement ou de rupture. En agissant en amont sur ces situations, leur travail produit aussi, inévitablement, davantage de sécurité : prévenir et accompagner les personnes avant que les situations ne se dégradent, c’est aussi enrayer les situations auxquelles les politiques de sécurité devront ensuite répondre.
On ne peut demander aux associations de répondre à davantage de demandes avec moins de moyens. L’association Dune l’a très bien expliqué dans le journal La DH : « On nous dit dans la justification qu’on fait du bon travail, mais on nous coupe quand même. » Les rapports de Safe Brussels montrent que les projets du CIDJ et des autres associations s’inscrivent dans cette chaîne de prévention, notamment dans des initiatives de dialogue comme le projet Jeunes & Police du CIDJ, salué notamment par Madame la Ministre Valérie Lescrenier[1].
Mais que coûte vraiment la prévention ? La directrice de Modus Vivendi l’assure dans La DH : « On fait ici de fausses économies, c’est vraiment fonctionner avec des œillères sans voir l’impact général ». En effet, les chiffres ne mentent pas et plusieurs études ont déjà prouvé les coûts supérieurs de la répression face à la prévention[2].
Cela deviendra simplement plus difficile de prévenir, d’aider. Lorsque la prévention recule, les situations ne seront que plus complexes, plus coûteuses humainement, socialement et financièrement.
Quelques outils d’animation, quelques maraudes et heures passées sur le terrain peuvent sembler dérisoires, mais derrière, c’est tout un système de confiance qui se solidifie en co-construction avec les jeunes et le public visé.
La prévention est souvent la première victime de l’arbitrage budgétaire, car elle produit rarement des images spectaculaires. Quand elle fonctionne, il ne se passe rien : pas de rupture, pas de crise, pas d’escalade. Son efficacité se mesure aussi à ce qui n’arrive pas.
Nous voulons et devons investir dans les acteurices qui connaissent le terrain et qui peuvent créer du dialogue. Ce choix de réduction du budget n’est pour nous pas un choix d’économie administrative, mais un choix politique sur la manière de concevoir la sécurité et l’avenir de la jeunesse.
Voulons-nous intervenir seulement quand les problèmes seront devenus visibles ou voulons-nous donner les moyens d’agir avant ?
Si les difficultés rencontrées par les jeunes sont aujourd’hui si importantes, c’est aussi le signe que les politiques de prévention n’ont pas bénéficié des moyens nécessaires pour agir suffisamment tôt et à la hauteur des enjeux.
Une politique qui abandonne la prévention et la première ligne fait le choix d’intervenir trop tard.
Ne sacrifions pas les acteurices de terrain au nom d’une approche sécuritaire des problématiques sociales et de santé. Mettre un point d’honneur à la prévention, ce n’est pas être moins ambitieux en matière de sécurité, c’est faire le choix d’agir sur les causes, de prévenir les situations de rupture et de construire des réponses plus efficaces et plus durables.
Signataires : Modus Vivendi, Femmes de Droit, 2bouts, SoHab, Fédération CIDJ

[1] Ministre en charge de l’Enfance, de la Jeunesse, de l’Aide à la Jeunesse et des Maisons de Justice.
[2] dont l’étude SOCOST « Le coût social des drogues légales et illégales en Belgique » financée par la Politique scientifique fédérale (BELSPO) et publiée en 2016.
